Naviguer vent arrière en voilier : la fausse allure facile

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Par Louis · 5 min de lecture
Marin depuis 2020, navigue en Bretagne sud et Manche · Mis à jour le 2 avril 2026
Ce qu'il faut retenir
  • Le vent arrière (170-180°) pousse le bateau par derrière, mais c'est rarement l'allure la plus rapide
  • Le risque n°1 est l'empannage involontaire : la bôme traverse brutalement d'un bord à l'autre
  • Le roulis (le bateau roule d'un côté à l'autre) est typique du vent arrière et fatigue l'équipage
  • En croisière, naviguer au grand largue plutôt qu'au vent arrière strict est souvent plus efficace

Le vent arrière est l'allure où le vent pousse le bateau par derrière. C'est l'allure qui semble la plus naturelle aux non-marins, mais en pratique, c'est l'une des plus piégeuses.

Pourquoi le vent arrière n'est pas l'allure la plus rapide ?

Intuitivement, on pense qu'un voilier va plus vite quand le vent le pousse dans le dos. C'est faux pour la plupart des voiliers modernes. Au vent arrière, les voiles ne fonctionnent plus comme des ailes (effet aérodynamique) mais comme des parachutes (effet de traînée). La force propulsive est moins efficace qu'au largue, où l'effet aérodynamique des voiles est à son maximum.

De plus, la vitesse du bateau « mange » le vent apparent : plus vous allez vite, moins le vent apparent est fort, et moins les voiles sont efficaces. Au largue, cet effet est compensé par l'angle favorable du vent. Au vent arrière, il freine la progression.

L'empannage involontaire : le danger principal

L'empannage se produit quand le vent passe de l'autre côté de la grand-voile. Au vent arrière, la marge est mince : quelques degrés de changement de cap ou un petit shift de vent suffisent pour que la bôme traverse violemment d'un bord à l'autre.

Les conséquences peuvent être sérieuses :

  • Un équipier touché par la bôme peut être assommé ou projeté par-dessus bord
  • Le gréement subit un choc important (risque de casse du vit-de-mulet ou du hale-bas)
  • Le bateau part en embardée et peut se retrouver en travers de la houle

Pour prévenir l'empannage involontaire, la méthode la plus fiable est de ne pas naviguer strictement vent arrière. Gardez un angle de 10 à 15° avec l'axe du vent (en naviguant au grand largue plutôt qu'au vent arrière pur), et vous éliminez quasiment tout risque.

Ajustez l'angle pour voir le risque d'empannage

Faible 150°
Grand largue (120°) Vent arrière (180°)

Grand largue : le vent vient de côté arrière. Risque d'empannage faible.

Le roulis : l'inconfort du vent arrière

Au vent arrière, le bateau n'a plus de gîte (il ne penche pas) mais il roule : il oscille de gauche à droite, surtout par mer formée. Ce mouvement de balancier est le plus nauséogène de toutes les allures et fatigue rapidement l'équipage.

Quelques astuces pour limiter le roulis :

  • Naviguer au grand largue plutôt qu'au vent arrière strict (le bateau retrouve un peu de gîte qui le stabilise)
  • Envoyer un spi asymétrique qui stabilise le plan de voilure
  • Tangonner le génois (le bloquer sur l'autre bord avec un tangon) pour créer un plan de voilure symétrique

Quand naviguer vent arrière ?

Le vent arrière est pertinent dans deux cas :

  • Les entrées de port au vent arrière : si le port est sous le vent, vous arrivez naturellement vent arrière. C'est une situation courante et il faut savoir la gérer
  • Les longues traversées aux alizés : les transatlantiques se font souvent au portant, avec des allures entre le grand largue et le vent arrière strict selon les jours

En croisière côtière, mieux vaut naviguer au grand largue avec quelques bords plutôt que de subir le roulis et le risque d'empannage du vent arrière. La vitesse en VMG (distance réelle parcourue vers la destination) est souvent meilleure au grand largue qu'au vent arrière pur.

Pour aller plus loin

Comprendre le reaching

Le reaching regroupe les allures portantes entre le travers et le largue. L'allure préférée des marins.

Les allures de reaching en voile
Close reach, beam reach, broad reach
Allures les plus rapides
Quand les utiliser

Questions fréquentes

Comment éviter l'empannage involontaire ?

La méthode la plus simple : ne pas naviguer strictement vent arrière. Gardez 10-15° de marge avec l'axe du vent en naviguant au grand largue. Surveillez en permanence la girouette et la direction du vent sur votre nuque. Si vous devez naviguer au vent arrière strict, maintenez le hale-bas bien repris pour limiter la violence d'un éventuel empannage.

Faut-il un spi pour naviguer vent arrière ?

Le spi améliore les performances au portant, mais le génois tangonné ou la grand-voile seule permettent de naviguer vent arrière sans voile supplémentaire. Le spi est un plus pour la vitesse, pas une obligation.