- Le près permet de remonter au vent, à environ 40-45° du lit du vent
- Les voiles sont bordées au maximum, le bateau gîte, c'est l'allure la plus technique
- Les penons du génois sont le meilleur indicateur de réglage : les deux doivent être horizontaux
- Pour remonter vers un point face au vent, on fait des zigzags (louvoyage) reliés par des virements de bord
Sommaire de l'article
Le près est l'allure qui permet de remonter au vent. C'est aussi la plus technique : les voiles sont bordées au maximum, le bateau gîte, et chaque degré de cap compte. Ce guide couvre l'angle, le réglage des voiles, la technique de barre et le louvoyage.
Qu'est-ce que le près ?
Le près (parfois appelé « près serré » quand on pousse au maximum) est l'allure où le voilier remonte le plus possible face au vent. Les voiles sont bordées (tirées) au maximum vers l'axe du bateau, la gîte est importante, et le bateau avance en faisant un angle d'environ 40 à 50° avec le vent.
Si vous imaginez une voiture, le près serait l'équivalent de la première vitesse : beaucoup d'effort, vitesse modérée, mais c'est la seule façon d'avancer quand la route monte. En voile, c'est la seule façon d'aller chercher un point situé face au vent.
Le près est aussi l'allure où l'on sent le plus le bateau « travailler ». La coque fend les vagues, le gréement est sous tension, les voiles sont plates et tendues. Pour beaucoup de marins, c'est l'allure la plus gratifiante une fois qu'on la maîtrise.
Le bon angle au près
Un voilier de croisière moderne remonte à environ 40-45° du vent réel. Ce chiffre varie selon plusieurs facteurs :
- Le type de bateau : un voilier de régate performant peut descendre à 35°, un voilier de croisière chargé sera plutôt à 50°
- L'état de la mer : plus il y a de vagues, plus la remontée au vent est difficile. Le bateau tape dans les vagues et perd de la vitesse
- La force du vent : par vent léger (moins de 10 nœuds), on remonte moins bien. Par vent moyen (12-18 nœuds), c'est le créneau optimal
- Le réglage des voiles : une voile mal réglée peut coûter 5 à 10° d'angle de remontée
En dessous de l'angle minimum, vous entrez dans la zone interdite : les voiles faseyent (elles battent dans le vide), le bateau ralentit et finit par s'arrêter face au vent. C'est ce qu'on appelle être « bout au vent », et c'est la seule situation où un voilier est incapable d'avancer.
Régler les voiles au près
Le réglage au près est le plus exigeant de toutes les allures. Les voiles doivent être bordées au maximum, plates et sans plis. Deux repères à surveiller en permanence.
Les penons du génois
Les penons sont de petits fils (souvent en laine rouge et verte) collés de chaque côté de la voile d'avant (génois ou foc). Ils indiquent si le vent circule correctement des deux côtés de la voile :
- Les deux penons horizontaux : la voile est bien réglée, le vent circule de manière équilibrée
- Le penon intérieur (côté mat) monte ou s'agite : la voile est trop bordée, il faut choquer légèrement l'écoute
- Le penon extérieur (côté mer) monte : la voile est trop choquée, il faut border
Glissez le curseur pour régler la voile au près
Les penons sont horizontaux des deux côtés : la voile est bien réglée.
Le faseyement du guindant
Le guindant, c'est le bord d'attaque de la grand-voile (le bord qui longe le mât). Au près, il doit être à la limite du faseyement : si vous lofez (remontez au vent) de quelques degrés, le guindant commence à faseyer (les premiers centimètres de tissu vibrent). Si vous abattez un peu, il se regonfle. Naviguer au près, c'est jouer en permanence sur cette limite.
La technique de barre au près
Au près, la barre est un instrument de précision. Quelques degrés de trop vers le vent et les voiles faseyent, le bateau ralentit. Quelques degrés de trop sous le vent et vous perdez de l'angle de remontée.
Deux approches existent :
- Barrer aux penons : vous gardez les penons du génois comme repère principal. Si le penon intérieur monte, vous abattez légèrement. Si le penon extérieur monte, vous lofez. C'est la méthode la plus fiable pour les débutants.
- Barrer au vent apparent : vous sentez la direction du vent sur votre visage et vos oreilles, et vous maintenez le cap instinctivement. C'est plus rapide mais demande de l'expérience. Avec le temps, les deux méthodes se combinent naturellement.
Un piège fréquent au près : vouloir remonter trop haut. L'instinct dit de serrer le vent au maximum, mais un bateau qui pince (qui est trop près du vent) avance lentement et dérive beaucoup. Il vaut mieux abattre de 5° et naviguer plus vite : la VMG (vitesse vers la destination, mesurée dans l'axe du vent) sera meilleure.
Le louvoyage : remonter au vent en zigzag
Puisqu'un voilier ne peut pas aller droit face au vent, pour atteindre un point situé dans la zone interdite, il faut zigzaguer. C'est le louvoyage : une succession de bords au près, reliés par des virements de bord.
Sur le premier bord, vous remontez à 45° du vent par tribord. Au virement, vous passez de l'autre côté et remontez à 45° par bâbord. En enchaînant les bords, vous progressez vers votre destination en dessinant un zigzag sur l'eau.
La question stratégique du louvoyage : quand virer ? Si vous visez un point au vent, la théorie dit de virer quand votre destination est à 90° de votre route. En pratique, d'autres facteurs entrent en jeu : le courant, les risques côtiers, les variations de vent. C'est ce qui rend le louvoyage aussi stratégique que technique.
Près serré vs bon plein : quelle différence ?
Le près serré est l'angle maximum de remontée au vent que votre bateau peut atteindre. Vous êtes à la limite de la zone interdite, les voiles sont bordées à fond, le bateau peine.
Le bon plein est un près relâché de 10-15°. Vous sacrifiez un peu d'angle de remontée mais vous gagnez beaucoup en vitesse et en confort. La gîte diminue, le bateau accélère, et la VMG (vitesse réelle vers la destination) est souvent meilleure qu'au près serré.
La règle en croisière : sauf si vous devez absolument remonter au maximum (chenal étroit, danger côtier), naviguez au bon plein plutôt qu'au près serré. Vous arriverez au même endroit, plus vite et plus confortablement.
L'allure suivante en s'éloignant du vent est le vent de travers, l'allure la plus confortable et la plus intuitive pour les débutants.
Apprendre le virement de bord
Le virement de bord relie les bords de louvoyage. C'est la première manœuvre à maîtriser au près.
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Questions fréquentes
Pourquoi le bateau gîte plus au près ?
Au près, le vent arrive presque de face. La force aérodynamique sur les voiles a une composante latérale très forte qui pousse le bateau sur le côté. La quille résiste et empêche le bateau de dériver, mais le résultat est une gîte importante. Plus le vent est fort, plus la gîte augmente. C'est normal et le bateau est conçu pour ça.
Quand faut-il prendre un ris au près ?
Quand la gîte devient excessive (au-delà de 25-30° environ), que le bateau n'accélère plus malgré le vent, ou que l'équipage n'est plus à l'aise. La prise de ris réduit la surface de la grand-voile et rééquilibre le bateau. Mieux vaut prendre un ris trop tôt que trop tard.
Le près est-il dangereux pour un débutant ?
Non, mais c'est l'allure la plus fatigante et la moins confortable. Le bateau gîte, tape dans les vagues, et le réglage demande de l'attention. Pour une première sortie, le vent de travers est plus adapté. Le près s'apprend progressivement, avec de l'expérience et de la confiance.